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Volume 2 du Bédoui au Raï

- Introduction
- Volume 1 Musiques Arabo-Andalouse
- Volume 2 du Bédoui au Raï
- Volume 3 Chansons Kabyles de résistance
- Volume 4 Le Chaabi

C’est dans l’Oranie, l’une des deux régions agricoles les plus riches du pays (avec les plaines de l’Algérois) que la colonisation de peuplement fut la plus massive. Au peuplement d’origine française s’agrégea une forte population espagnole marquant durablement le parler
dialectal. L’occupation des terres par la dépossession des paysans autochtones produisit un phénomène de rare ampleur : le vagabondage. Jetant dans les villes des musiciens ambulants, qui utilisait une liberté très prisée appelée « Elklam Elhesi » (la parole légère) par opposition à « Elklam Eljedd » (la parole sérieuse), leur permettant d’aborder tous les sujets sur un ton critique.

S’autorisant l’ironie sur les autorités coloniales et leurs affidés, les lamentations sur leurs sorts, abordant les sujets de l’amour charnel ou les plaisirs bacchiques. « Leurs improvisations désordonnées se terminaient souvent par ya rayi. C’est à dire tel est mon sort, mon destin, ou, plus exactement, ma poisse, ma mauvaise étoile…Ya rayi résume aussi l’exclusion de toute une population des bienfaits de la civilisation » (in Le raï – Bouziane Daoudi – Librio Musique Paris – 2000)
Ces chanteurs itinérants utilisent une instrumentalisation rudimentaire, provenant des campagnes la gasba (flûte en roseau), le bendir (large tambourin), le guellal (percussion longiligne). Leur style vestimentaire (djellaba et turban) leur dialecte, tout dénote l’origine rural, d’où le nom de leur style le Bédoui (de Bédouin).

Mohamed Belhalfaoui, érudit et défenseur de la poésie arabe populaire revient dans un témoignage fait un peu avant sa mort sur cette période : « L’Algérie indépendante pour nous les Cheikhs Hamada, Madani, Bouras, (vedette du style Bédoui. Note du rédacteur) la lutte armée on s’y attendait un peu… Nous suivions avec une grande passion et ferveur patriotique les discours nationalistes et enflammés de Messali Hadj Cheikha Kheira Guendil a été la première a braver la police coloniale et à chanter publiquement l’Algérie... » (Révolution Africaine, 25 septembre 1987).

La particularité de la situation, c’est l’existence d’un grand nombre de femmes parmi ces déracinés. Femmes répudiées, divorcées, veuves poussées par nécessité à aller gagner leur vie en chantant dans des lieux plus ou moins bien fréquentés. S’inspirant de la tradition des
Meddahates (griottes) dont elles reprennent le patrimoine mystique qu’elles élargissent à des thèmes nationalistes. Mais la liberté que leur donne le style leur fait aborder des thèmes proches de leur vie. Ce sont ces femmes qui dans les textes ouvrirent la voie aux paroles considérées comme les plus sulfureuses. Cependant comme le soutient Marie Virolles dans « La chanson raï. De l’Algérie profonde à la scène internationale » (Éditions Karthala - 1995) Ces textes peuvent être pris comme : « Résistance-au sens majeur- plutôt en pointillés pendant cette période. L’allusion, la double-entente, le mot-symbole, la métaphore prennent un nouveau sens. On pleure d’amour sur un(e) amant(e) qui n’est autre que la patrie. Les épreuves évoquées dans les chants peuvent être présentées comme celle de l’amour, celles de l’ivresse, et comprises comme celle de l’oppression coloniale. Les « ennemis » sont certes les jaloux, les médisants, les empêcheurs de plaisir, les
puritains, mais aussi les occupants coloniaux et les militaires français.

Cet élément de la « culture du pauvre » qu’est le Raï de l’époque ouvre des perspectives politiques au même titre que tout autre élément de la nation en révolte. Les « mauvais garçons », et les « filles perdues », les habitants des bas-quartiers, produits extrêmes de la misère coloniale, peuvent servir la Cause comme toutes les couches sociales… »

Cheikh El Madani (1988-1954) né à Sidi Bel Abbes, il grandit dans le quartier « Gambetta » quartier déshérité et foyer nationaliste. La chanson interprétée sur cette compilation « Ya Âoudi Wach Bik » est son plus grand succès, c’est un classique du « Bédoui » et fait partie du patrimoine algérien. Il fut aussi l’auteur avant-guerre d’une chanson engagée « Ya Abdelaziz ya Abdelkader » qui lui valu les foudres du système colonial qui le jeta en prison.

Cheikh Hamada est un chanteur algérien, natif de Bad Touaria, près de Mostaganem, né en 1889 et mort le 9 avril 1968. Cheikh Hamada est le chantre éternel du chant bédouin. Il a fait partie du bouillonnement musical de l’entre-deux-guerres. Ce chanteur hors pair a enclenché la citadinisation du Bédouin traditionnel. Phénomène majeur dans la musique maghrébine. Il a fait son premier enregistrement en 1920 et par la suite, il a continué à faire des disques en Algérie, à Paris et Berlin, jusqu’à sa mort. ce chanteur est le père de deux fils résistants à l’ordre colonial tués durant la guerre de libération nationale de l’Algérie 1954-1962. La chanson de cette compilation est un enregistrement extrêmement rare. Il provient d’un fond Pathé.

Abdelkader El Khaldi né à Mascara en 1896, est l’un des plus grands poètes algériens de Melhoun. Mort en 1964, il est enterré à Oran. Abdelkader El Khaldi s’imprègne des plus grands poètes du Melhoun du terroir oranien. Poète fécond, il se signale par ses textes de poésie courtoise teintée d’érotisme, dans lesquels il célèbres ses nombreuses conquêtes. Et notamment comme dans le titre de la présente compilation, Bakhta, la plus célèbre, a laquelle il consacre plus de cinquante poèmes. En tant que parolier et interprète, il a contribué d’une manière décisive à l’avènement de la chanson oranaise moderne. Khaled reprendra d’ailleurs « Bakhta » dans son album N’ssi N’ssi.

Blaoui El Houari né le 23 janvier 1926 à Sidi El Hasni un quartier d’Oran. C’est avant la deuxième guerre que Blaoui El Houari remporte un premier prix de radio-crochet. Ce succès le décidera dans une voie de modernisateur du genre populaire oranais le : Bédoui auquel
il restera attaché. Il enregistre son premier disque en 1955 chez Pathé. Son répertoire s’enrichira de près de 500 chansons qui influenceront nombre de chanteurs des années 80 dont Cheb Mami et Houari Benchenet. Blaoui El Houari reste celui qui a le plus adapté les grands poème populaires du Melhoun comme ici celui du Cheikh Hachemi Bensmir dit « Taïr Labiahh » (l’Oiseau Blanc).
Il passera également par le scoutisme algérien qui est aussi l’une des principales écoles de formation politique nationaliste par lesquels beaucoup d’artistes comme Ahmed Wahby sont passés, creuset de chants modernes, inspirés par la musique du Caire et marqués par un fort contenu arabo-nationaliste.

Cheikha El Ouachma (La tatouée) né en 1922, fut l’une des premières Cheikhates a enregistrer dans différentes maisons de disques. Connue pour un titre sulfureux : « Gatlak Zizia » (Zizia te dit ce soir on couchera chez moi). Elle reste surtout comme l’interprète de
« Smahni ya el commandar » (Excusez moi ô commandant) et le titre présent sur cette compilation : « Sid El Hakem » (Monsieur le juge) deux chansons qui évoquent le quotidien de la guerre et le vécu du petit peuple sous la répression militaire. Cette chanson est devenue un classique du Raï et sera reprise par un grand nombre de chanteurs et chanteuses du Raï moderne.

Ourrad Boumedienne est né à Oujda au Maroc en 1931, il fait partie d’une. d’une nouvelle génération de chanteurs adulés des nouvelles populations citadines. Musicien virtuose et nationaliste convaincu, il dirigera à l’indépendance l’orchestre de la RTA naissante, malheureusement pour une courte durée puisqu’il décèdera dans un accident de voiture en 1963.

Noura, dont le nom complet est Fatima Zohra Badji, est une chanteuse née à Cherchell en 1942. Elle est la première chanteuse algérienne a accéder au statut de star. Ahmed Wahby de son vrai nom Ahmed Driche Tedjini est né à Marseille en 1921 et mort à Alger en 1993.

Ahmed Wahby va trouver sa vocation de chanteur à travers le réseau du scoutisme et notamment avec la création en 1937 du groupe de scouts musulmans d’Oran - En- Najah. Il crée un genre musical nouveau El Asri qui incorpore au rythme et au langage poétique typiquement oranais une forte influence égyptienne venue des grands maîtres : Mohamed Abdelwahab et Faris El Atrache. Ahmed Wahby fut aussi un militant nationaliste durant la guerre de libération nationale (1954-1962), lorsqu’il rejoint en août 1957, la base frontalière de l’Est, Ghardiamaou, pour renforcer la troupe artistique du FLN et participer à des tournées de galas dans les pays amis d’Europe, d’Asie et du Moyen Orient, pour représenter l’Algérie et son peuple en lutte pour sa liberté. En 1950, il enregistre chez Pathé-Marconi sa chanson phare sur le thème de l’exil qui le consacre dans la tradition algérienne : Wahran Wahran. Chanson où il évoque son père Dader. Ce grand titre sera repris par Khaled sur son album « Sahra ».

Cheikha Rimitti, née à Tessala, village situé près de Sidi Bel-Abbès, le 8 mai 1923, la jeune Saïda, qui cachait son véritable nom est l’icône du Raï. Orpheline, élevée par des « patrons » qu’elle a quittés à l’adolescence pour suivre une troupe de musiciens nomades : les Hamdachis, la jeune Saida connait la misère avant de se lancer dans la chanson dans les années 40, à Relizane, Oran et Alger. Son nom lui vient d’après l’anecdote du fait que rentrant dans un café, elle est reconnue par le public qui l’acclame, voulant les remercier en payant une tournée, mais parlant mal le français, elle dit : « Remettez, madame, remettez ». Elle connaît son premier succès avec l’enregistrement en 1954 du titre Charak Gataa, (Déchire, lacère, et Rimitti raccommodera). Véritable manifeste du Raï.

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